Vers une nouvelle révolte des banlieues ?

afficheDimanche 24 février 2013, 14h00. L’association Reeso m’invite à une rencontre à Epinay Sur Seine, dans le quatre vingt treize, mon département.  Quelques mois plus tôt, Chico, membre de Reeso avait fait le déplacement au salon du polar de Montigny. Il m’avait abordé, n’avait pas lu mes bouquins mais souhaitait organiser un événement pour « Les petits frères » et sensibiliser les aînés pour entamer un dialogue, donner une dynamique aux habitants de sa ville.

Quand j’ai débarqué au café Relax au 167 avenue de la République, une dizaine de personnes occupaient les banquettes, les chaises avec leur café, leur jus de Fruits. Matthieu et Marie Pierre membres d’Accueil Banlieue. Samir, étudiant en recherche avec un BAC +5, Sabrina enseignante dans un collège des Hauts De Seine. Rabah, président du club de football d’Epinay ou encore Pierre, habitant d’Ermont et pratiquant de muay-thaï qui connaît tous les personnages de mes romans.  La salle se remplit et Chico prend le micro puis présente l’association, revient sur notre première rencontre et donne son avis sur mon roman Des Chiffres Et Des Litres. Il parle d’Hachim le personnage principal, un gamin doué à l’école et passionné de culture hip hop qui bascule dans la délinquance et le deal pour ressembler à son modèle : Houssine, le caïd du quartier. Chico fait le lien entre Hachim et le thème de la rencontre : « Comment un environnement peut faire basculer une vie ».

le relaxA ma droite, Huguette nous écoute et réalise des croquis pendant que le public prend la parole et émet des avis intéressants, pertinents, alarmants. On parle de modèle, de la représentation, de combat. Le micro circule avec le jargon du noble art – On se bat, on se relève, on encaisse – Tout ça confirme qu’en Seine Saint Denis comme dans de nombreux quartiers populaires français,  la vie s’est transformée en compétition de free-fight. Une mère de famille s’exprime sur son investissement, ses convictions, sur l’importance d’encadrer les enfants et interpelle la salle – « Il ne faut rien lâcher. Je ne lâche rien ! » –  Thomas m’interroge sur son choix. Il pense individuel, déçu par les épreuves pour avoir un travail, une vie sociale et souligne qu’il a trimé deux fois plus qu’un français de milieu aisé. Madjid, éducateur spécialisé prend la parole et parle des jeunes, de leur participation et de leurs difficultés. Alain Naounnec, travailleur social, que Rabah surnomme « Le Michael Moore du 93 » analyse et répond à la question des contrôles au faciès et de la représentation de nos quartiers à l’assemblée nationale. La rencontre dure plus de deux heures et se termine par des échanges sur le polar, sur le territoire. Cette discussion vivante, passionnante amorce le débat que suscitera mon prochain roman Flic Ou CailleraNos banlieues peuvent-elles de nouveau se révolter et brûler ?

Pendant la campagne présidentielle, le rappeur Rost avait annoncé que  les banlieues brûleraient avec une victoire du candidat Hollande. Il s’est complètement planté et j’avais trouvé le relais de ses propos, incohérent. Le véritable danger se ressent chez les habitants les plus fragiles, pris à la gorge par le coût de la vie, le chômage et la précarité. A Saint Denis, des familles cherchent de la nourriture dans les poubelles, dorment dans le parking de la cité ou dans la rue.

300949_le-candidat-socialiste-a-la-presidentielle-a-aubervilliers-le-7-avril-20212Les quartiers populaires comme Saint Denis, Aubervilliers, Vaulx-En-Velin et ailleurs sont plein d’énergie mais assis sur un baril de poudre qui peut prendre feu à tout instant. Même si on garde espoir, que les profils sont différents avec de plus en plus de jeunes issus de l’immigration diplômés, le chômage et la crise tétanisent ces quartiers et mettent une forte tension. Les habitants s’organisent, participent et le gouvernement a missionné Mohamed Mechmache et Marie Hélène Bacqué sur la participation dans les quartiers. On parle d’empowerment, de prise de conscience. Des termes à la mode mais la réalité et l’enjeu se trouvent dans les urnes. Seuls les électeurs seront entendus. Les autres resteront muets et en marge car ils n’ont aucun moyen de se faire entendre. Ils ne votent pas et leur abstention ne pèse pas dans le débat. On peut craindre qu’ils se fassent entendre par un moyen d’expression brûlant. La mèche ? Une bavure policière. Nos quartiers sont plus que jamais sur une poudrière et la fermeture de PSA, véritable génocide social est l’un des épicentres d’une zone déjà marquée par les révoltes de 2005. Le gouvernement de gauche qui laisse une ouverture doit anticiper sur un désastre social qui risque de nous coûter très cher. Lors de son déplacement à Clichy-Sous-Bois du lundi 18 février (veille du Comité Interministériel des Villes), le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a promis le retour de l’Etat dans les quartiers. Il est tant de réagir et vite.

Merci à l’équipe de l’association Reeso pour l’organisation de l’événement, au café Relax, Yussuf et Rachid « Hustler Game » et les personnes présentes à la rencontre.

Flic Ou Caillera, éditions Du Masque, 15 € disponible à partir du 06 mars 2013

4 Commentaires

  • Ichigo
    27 février 2013 - 00:28 | Permalien

    La banlieue brulera avec le feu du dernier mégot dun fumeur de sheet. Quand il prendra conscience que les barons des cartels sont amis avec les politiciens, les journalistes et policiers hauts placés.. et qu’ils ne sont que les pions qui gangrainent à leur insus tout une population précaire.

  • Chamber
    27 février 2013 - 10:31 | Permalien

    Les banlieues crâment par désespoir..? Ou par jeu et provocation? Les cités dépérissent alors que des milliards y sont injectés. La France a peur de ses quartiers populaires, les couve, leur apporte le travail sur un plateau (zone franche, discrimination positive…), des commerces, des centres sportifs, des transports en communs y sont intégrés…….ALORS QUE NOS CAMPAGNES ET LEURS JEUNES CREVENT A PETIT FEU CAR RIEN N’EST ENTREPRIS POUR REDYNAMISER LES DEPARTEMENTS RURAUX!!! La première pompe à essence serait pas à 10km, je mettrais le feu à une voiture….. Faut-il que les habitants de province, de la france profonde se révoltent aussi pour qu’on nous voit? Mais attention, contrairement aux banlieues, ce ne sont pas des jeunes en manque de repères qui guettent l’étincelles, c’est une révolte trans-générationnelle, les jeunes sans emploi, les père et mère de famille dont l’usine ferme, les agriculteurs dont l’exploitation meurt au profit des industriels de l’agro, les petits patrons qui ne bénéficient pas de zones franches et sont pris à la gorge par les taxes….moi je dis ATTENTION……ATTENTION….

    • Altimaître
      2 mars 2013 - 00:05 | Permalien

      Bon sang de bonsoir, vous croyez encore au mythe de la France profonde. Mais mon bon monsieur la France profonde est morte depuis longtemps. La France profonde vit dans un HLM avec un chien qui pue, bonbonne qui n’en finit pas de dessaouler le père qui fait des bisous bien appuyés à la ptite derniere qui finira par se retrouver engrossée par un tunning man. Y’a l’oncle qui lui les connaît bien les voleurs, il est instruit lui, il est responsable syndical à la mairie : « tous des fénéants » qu’il dit. Continuez à bouffer du TF1 et inévitablement vous serez conduits à remplir des trains.

  • 27 février 2013 - 15:03 | Permalien

    La révolte est une moyen de socialisation, dans la tradition française, qui ne conduit plus nulle part depuis que le débouché de permanent du parti communiste n’a plus la cote. On peut maintenir le folklore, mais ça montre qu’on n’a pas plus d’imagination ni de prise sur le réel que les gouvernements récents. Il va falloir innover.

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