POURQUOI LA POLICE EN A MARRE DU RAP ?

En janvier 2013, l’équipe de ViolVocal, spécialisé dans les canulars, clashs téléphoniques a posté sur Youtube des entretiens téléphoniques avec des commissariats et par la même, divulguée les STIC (système de traitement des infractions constatées) de rappeurs : Rohff, La Fouine, Booba. Le rap a fait une nouvelle fois parler de lui et mis à mal les services de police en obtenant par un simple coup de fil des informations confidentielles.

Le canular téléphonique a tourné sur le net et s’est rapidement retrouvé en sujet dans les grands médias (13h00 de France 2, JT de France 3 et plusieurs quotidiens nationaux). Mais cette mauvaise blague a surtout alerté l’inspection des services de police. Si les rappeurs n’ont pas réagi et que Booba a récemment utilisé un des enregistrements pour son titre AC Milan contre son opposant La Fouine. La police n’a pas pris ces mises en ligne comme une simple plaisanterie et des enquêtes ont été ouvertes concernant l’acte de Violvocal. Ce n’est pas la première fois que la justice et le rap se retrouvent en face à face et l’un des auteurs, interrogé par Sinox (auteur d’un DVD sur le rap indépendant) a expliqué dans une interview que ces entretiens téléphoniques avaient pour but de démontrer la crédibilité des rappeurs. Cette usurpation d’identité pour obtenir des informations auprès de la police n’est pas la première affaire du genre mais c’est par le rap que le scandale est arrivé. L’enquête de l’IGS a pour objectif de révéler les responsables de ces données rendues publiques. Quelque soit l’issue de cette affaire, les rapports entre la police nationale et le rap ne sont pas au beau fixe. Que les plus septiques se rassurent, le rap reste donc contestataire et ce, malgré lui car il a une nouvelle fois dénoncé les failles de la police en diffusant des informations confidentielles.

Les mauvais rapports entre le rap et la police.

L’affaire de Viol Vocal met à mal la police et ce n’est pas la première fois que l’état se heurte au rap. Depuis son explosion dans le paysage musical et ses succès commerciaux, le rap a toujours défrayé la chronique et agacé les syndicats de police. Retour sur les différentes affaires entre les deux parties. En 1995, le groupe Ministère AMER s’est retrouvé devant la justice avec le titre Sacrifice de Poulet et a dû verser une amende cumulée de 250 000 francs (38112 €). Le ministère de l’intérieur reprochait surtout au groupe ses propos dans les médias. En 1996, c’est au tour de Joeystarr et de son groupe NTM d’être attaqué par les syndicats de police pour ses déclarations sur scène lors d’un concert à La Seyne-Sur-Mer et d’être condamné à six mois d’interdiction « d’exercer la profession de chanteur de variétés», pour « propos outrageants ». En juin 1997, la Cour d’appel d’Aix-en-Provence allège le jugement du Tribunal de Toulon et condamne une amende de 50 000 francs (7600 €). Le groupe fera référence à cette affaire dans son titre On est encore là : « Deux mois de sursis, cinq barres d’amende on est condamnés pour être encore là après tant d’années pour les avoir tant tannés (…) ». En 2002, c’est Hamé, membre du groupe La Rumeur qui se voit traîné en justice par Nicolas Sarkozy (alors ministre de l’intérieur) pour ses propos dans le fanzine promotionnel du groupe, visant certains passages* d’un article intitulé « Insécurité sous la plume d’un barbare ». Hamé sera définitivement relaxé après huit ans de procédures judiciaires.  En 2004, c’est le groupe Sniper formé d’Aketo, Tunisiano, Blacko et Dj Boudj qui se retrouve entre les mains de la justice pour ses paroles sur le titre La France. Les membres de Sniper répondront par une attaque pour diffamation et une demande d’excuses publiques. L’affaire la plus spectaculaire date de janvier 2006 avec la plainte du député François Grosdidier. Le député UMP a listé plusieurs groupes : Lunatic, 113, Ministère A.M.E.R, Fabe, Smala, Salif et Monsieur R et les a désignés comme responsables des révoltes sociales de 2005 et des 240 millions de dégâts. Avec la gauche au pouvoir, le rap aura-t-il du répit ?

* Les passages en cause concernant Hamé : « Les rapports du ministre de l’intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu’aucun des assassins n’ait été inquiété »; « La justice pour les jeunes assassinés par la police disparaît sous le colosse slogan médiatique ‘Touche pas à mon pote’ » ; « La réalité est que vivre aujourd’hui dans nos quartiers, c’est avoir plus de chance de vivre des situations d’abandon économique, de fragilisation psychologique, de discrimination à l’embauche, de précarité du logement, d’humiliations policières régulières ».

Rachid Santaki, A paraître, Flic Ou Caillera, Éditions Du Masque, 15 €

 

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