Stan Smith, le coup de cœur des cailleras des années 80…

1988. L’année du Grand Bleu, et la fameuse réplique de Jean Reno « T’avais raison…On est bien mieux au fond ». Florent Pagny occupe la première place du top 50,  avec sa chanson « N’importe Quoi » qui évoque sa relation avec Vanessa Paradis la chanteuse de Joe Le Taxi, apparemment elle lui a fait du mal la petite Vanessa. Cette année là, les NTM se forment mais c’est surtout l’année où je découvre la Stan Smith, la plus caillera des baskets des années 80.

 

J’ai quatorze piges, je suis en 4eme techno, au collège Jean Lurçat. Un établissement scolaire tranquille près de la cité des Cosmonautes, et de Saint Rémy. J’ai du duvet, un pull rouge et un 501 que je porte tout le temps. Mes potes sont mes camarades de classe : Nordine, Mimi, Patrice Wanou. Je me sens proche des gens de Saint Denis. Mon frère Hicham est en 5eme au collège Jean Jaurès situé derrière la mairie de Saint-Ouen. Il a redoublé. On partage la même chambre, le même lit superposé, les mêmes échecs scolaires pour ça qu’on est complices, pour ça qu’on glisse. Lui, est plus street que moi, plus caillera que moi. Lui rêve de devenir Michel Platini, et moi, je rêve de devenir Rocky Balboa. Ma mère a déposé une demande de divorce. On y croit pas, mais la juge va prononcer la séparation officielle de nos parents. Leur histoire meurt peu à peu dans leur comportement. Au fond de moi, je souffre de me dire que nos parents seront plus ensemble, j’espère que ma mère restera, mais au fond de moi  je sais que c’est mort entre eux. Alors je me réfugie  à la salle de boxe, imaginant que l’entraîneur est le vieux Mickey. Mais je n’ai rien de Rocky, et Stanly n’a rien de Mickey. Dans notre chambre, Hicham met à fond Full Of Fire de Shalamar. On parle d’après le divorce, et avec lequel de nos parents on va aller ? Et si nous reverrons la famille du bled ?

L’été revient sur la ville, et nos vies malgré cette épée de Damoclès qui pèse sur notre cellule familiale. Juin, c’est l’époque où notre mère nous achète des baskets avant d’aller au bled retrouver la millefa. Elle nous emmène dans le centre commercial de Saint Denis pour nous équiper.  En vérité, notre mère cherche à nous faire plaisir et a nous changer les idées. C’est réussi. Parmi les paires de baskets, je choisi des Nike, une nouvelle marque que mon voisin Grégory Habert porte. Il m’a dit qu’on ne prononce pas « Nique » mais « Naïki ». Il se la joue à l’américaine. J’ai trouvé une paire blanche en cuir avec une virgule bleue. Mon frère, lui a décidé de prendre des Stan Smith. Je les trouve pas belles, elles sont blanches, avec une languette verte. Lui, kiffe et me dit que je connais rien. On se chamaille dans le magasin. Le vendeur de Courir va chercher sa pointure, et les sort du carton. Mon frère les essaye. Il sourit frime en regardant le miroir. Je ne comprends pas son engouement pour ces baskets toutes simples. On rentre à la maison en métro, Mairie de Saint-Ouen. Le soir mon frère marche dans l’appartement avec ses Stan Smith. Il est à la limite de dormir avec. Je l’observe sans vraiment comprendre son délire. Il met le son à fond de Shalamar et Full Fire, tape deux pas de danse comme notre père nous appris, son sourire me contamine. Il danse et  me regarde avec son sourire blanc et éclatant que ses baskets. Il chante “Your love is full of fire”. Je hoche la tête et mate ma paire de Nike du 46.

Quelques années après la mort d’Hicham en 1991, j’ai compris l’ampleur du phénomène Stan Smith, et ce qui le faisait danser. Le groupe de IAM le soulignera dans son morceau Je Danse Le Mia, Stan Smith au pied, le regard froid. La Stan Smith, au delà d’être la paire dédiée à un joueur de tennis du même nom, c’est la base de toute caillera des années 80. La basket blanche qui claque les premiers jours et dont la cote chute une fois les premières rayures visibles sur le cuir blanc. Hicham les portait avec un 501 brut, et les rachetait avec un casque de walkman sur la tête. J’ai pas suivi le mouvement car je chaussais du 46. J’sais pas si t’imagines copine et copain lecteur une paire de Stan Smith avec cette pointure ? J’ai préféré des montantes, ou au pire une paire d’Anastase. Je me souviens que tous les mecs de cités portaient des Stan Smith, même mon pote Michael avaient sa paire. Ils les nettoyaient avec un blanchisseur en cours de BEP, il a plus tard opté pour les Reebook Classics.

Adidas commercialisera de nouvelles couleurs, mais aucune ne remplacera la paire classique blanche avec le vert en haut du talon. Cette paire restera celle qui me fera penser à mon frangin, mais aussi à tous les mecs de cités des années 80 qui écoutaient Shalamar.

Yasmina, une copine d’une copine avait flippé quand son premier mec et futur mari a débarqué au premier rendez vous avec la fameuse paire de Stan Smith. C’est aussi ce qui permettait d’identifier les tapeurs au Prisunic (enseigne emblématique des années 80 devenue Monoprix). A cause de cette paire de basket que certains types ne rentraient pas au Fun Raï, Farid te le dira.

Stan Smith est un américain, et un joueur de Tennis, classé numéro un mondial dans la première moitié des années 70. Plusieurs magazines de Tennis l’ont classé parmi les plus grands joueurs de tous les temps. La marque au trois bandes lui a dédié une chaussure à son nom. J’sais pas ce qui a fait que les mecs de quartiers ont plébiscité cette paire de shoes.

Lors de l’ouverture de sa première boutique ADIDAS ORIGINALS dans le quartier du Marais à Paris, l’enseigne a fait venir MONSIEUR STAN SMITH, paraît que certaines caillera se sont effondrés en pleurs devant le mec qui les a fait kiffer sur de la funk. Paraît que certains d’entre eux avaient sorti le cuir et le 501 qui va avec. Paraît qu’Hicham aurait kiffé…

BANDE SON :

Secret Weapon “Must Be The Music”
D-Train “Keep On”
Delegation “You and I”
Shalamar “Full Of Fire”
Barry White “Let The Music Play”

 

7 Commentaires

  • Jérôme VEILLON
    19 septembre 2012 - 06:55 | Permalien

    Excellent Rachid, quelle fraicheur, encore l’effet madeleine de Proust!
    Prochain épisode, le jean cartonné, et le suivant le polo lacosté 😉
    En tous cas seuls les gens de cette générations peuvent comprendre.

    Peace

    Jérôme

  • lagram saadia
    19 septembre 2012 - 19:16 | Permalien

    tres bel hommage a ton frere…. et a la stan smith « the » basket ma basket!

  • LaMeufKilTeFautPas
    20 septembre 2012 - 06:54 | Permalien

    Je kiffe ta plume Santaki! Ton article m’a mise de bonne humeur, mes nike air au pieds, casque sur les oreilles, du shalamar a fond, Je souris toute seule en marchant! Ca y est tu m’a ambiancee!
    Bon a quand l’article pour la generation 90 ? En mode atemi aux pieds! Haha c’etait les pompes des pauvres je me souviens! Les pogs, les tamagushi tout ca tout ca.. Un soupcon de nostalgie m’envahit!
    Ps/ l’hommage a ton frere m’a emue :)

  • 21 septembre 2012 - 11:42 | Permalien

    Sympa article qui réveille pas mal de souvenirs. Les Adidas, toute une époque…STAN SMITH bien sûr mais aussi les TOP TEN en version montante surtout (La paire de basketteur par excellence qui valait une petite fortune à l’époque), Road laver, Nastase…C pas ke de la nostalgie mais c’était un kiff du moment. merci Rachid.

  • al bundy
    22 septembre 2012 - 12:55 | Permalien

    Je me souvien de cette putain depoque ct une epoque de crise jvoulai des air max a600 fr on me donnais de force des stan smith ou des nike cortex ou des reebok classik ou royal o debut jaimais pas c chaussure met o final on etai a laise dedan ct les chaussure des pauvres plus solide ke les airmax de maintenant
    Une simple question pour les ancien generation 80
    Qui a connut lepoque des gros paquet de biscuit degueulasse sachet transparent qui pese o moin 1 kilo ?
    Tu mangeais 3 biscuit tu mangeais plus pendant 4 jour meme les chien il en voulait mdr

  • 24 septembre 2012 - 09:35 | Permalien

    Bel article. Je me rappel cette epoque ou j’achetais mes paires au puces de clignancourt. 250 francs la paire.

  • AbdelkrimT
    31 janvier 2013 - 15:46 | Permalien

    Full of fire de Shalamar, chanson que j’ai découvert sur le tard, qui symbolise parfaitement pour moi l’état d’esprit 80s des quartiers.

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